Papa, maman, comment on fait les bébés ?

 S’il est bien une question devant laquelle les parents se sentent un brin désarçonnés

lorsque leur enfant vient à la leur poser, c’est celle de savoir comment on fait un

bébé… Chaque époque a tenté de poser des principes et des façons d’appréhender

la chose, néanmoins il faut bien reconnaître que c’est tout de même un sujet délicat

qui mérite un tant soit peu de réflexion et de prise de recul avant de formuler une

réponse qui soit tout à la fois pertinente et objective, dans la mesure du possible et

du raisonnable. Voyons ensemble comment se positionner et tâchons de mettre en

lumière les meilleures façons d’aborder le sujet sans verser dans des considérations

qui ne sont ou ne seraient recevables que par un esprit mature d’adulte…


...par Romain Pillard.



I/ Le chou et la rose, ces porte-drapeaux un brin éculés… mais efficaces.

Au cours de cette première partie, nous allons essayer de comprendre que
l’histoire de la petite graine magique déposée par le papa dans le ventre de maman, que
l’idée du garçon qui naîtrait dans un chou et d’une petite fille descendant d’un bouton de
rose, que le concept de cigogne apportant un bébé tout beau tout rose déjà langé dans un

panier en osier, sont des préceptes qui, s’ils sont tout à fait respectables, ont malgré tout
des limites auxquelles vous allez quoi qu’il arrive très tôt vous confronter.
Il s’agit de ne pas prendre l’enfant pour un campagnol, si vous permettez cette
expression un brin triviale... et surtout de bien assimiler le fait que ce type de réponse
peut fonctionner auprès d’enfants en bas âge, mais que vous ne parviendrez, par ce biais,
qu’à repousser l’inéluctable à plus tard… Mais c’est souvent le but et une première étape
nécessaire.


Ce ne signifie donc pas qu’il faut s’interdire d’utiliser ces subterfuges au cours de cette
période, mais comprenez qu’ils ne vous offriront qu’un répit temporaire, et que vaille
que vaille, il faudra remettre le métier sur l’ouvrage un peu plus tard, pour fournir une
ou des réponses plus en phase avec l’avancée en âge dudit enfant. Faites montre de
psychologie, de poésie, cultivez l’allégorie, et ne cherchez pas trop à rentrer dans le
détail, car cela n’a aucun intérêt au fond, sinon rendre l’ensemble sensiblement moins
digeste pour l’esprit encore parfaitement ingénu de l’enfant.
Ce que l’on peut dire quoi qu’il en soit, c’est que d’éluder le sujet n’est pas une solution
à envisager… Il ne faudrait surtout pas que votre indisposition à répondre suggère à
l’enfant que le sujet est négatif ou qu’il implique quelque chose de mauvais, or, votre
silence pourrait l’y incliner.

Libre à vous donc de faire preuve d’imagination ou d’utiliser les bonnes vieilles recettes
citées plus haut, mais ne laissez pas votre bout de chou dans l’expectative et livré à lui-
même le jour où, pour la première fois, il marque une curiosité pour la chose… C’est le
lot de tous les enfants et le fait de ne pas lui fournir une réponse ne pourra que créer une
forme de dissonance cognitive qui n’a rien de positive pour sa construction mentale. Il
en va de même pour sa capacité à mieux cerner le monde dans lequel il a et aura à
évoluer, au contact d’autres enfants, qui, eux, pourraient avoir reçu une explication qui
les aura tout à fait mis à l’aise avec le concept...
Utilisez la poésie, restez dans des images douces et encore une fois, privilégiez la vue
d’ensemble à l’explication « chirurgicale », il s’agit de ne pas heurter ou collisionner
l’imaginaire tellement fertile de votre petite tête blonde, brune ou rousse !
Parfois, simplement dire que le bébé grandit dans le ventre de maman suffira, d’autre
fois non...jaugez !

II/ Lorsque sonne le glas de la graine…

Au fur et à mesure que votre enfant va grandir et commencer à décrypter un peu
mieux le monde et ses arcanes, vous allez vous rendre compte que les explications
somme toute « édulcorées » que vous avez pu lui fournir s’agissant de sujets un brin
complexes, vont être remises en cause et il va s’agir d’adapter votre propos…
Une méthode que nous pouvons vous conseiller dans un premier temps et qui a bien des
avantages, c’est de simplement retourner la question… Cela vous permettra de « gagner
un peu de temps » afin de mieux structurer votre réponse, et cela vous donnera surtout
une idée bien plus précise de l’état de connaissance actuel de l’enfant… Vous pourrez
ainsi éviter de biaiser la conversation à votre désavantage en vous présentant comme si
vous cherchiez à noyer le poisson ou à classer l’affaire en optant pour des explications
que l’enfant pourrait bien considérer comme irrecevables, sachant ce qu’il sait déjà, ou
tout du moins croit savoir !

Autour de 6, 7 ou 8 ans, l’enfant n’est plus tout à fait aussi innocent, et nul doute qu’il a
déjà été amené à être confronté à cette interrogation avec les copines et les copains… Il
va donc vous falloir changer votre fusil d’épaule et commencer à entrer dans le vif du
sujet, sans toutefois déflorer le détail, pour lequel il n’est pas encore prêt, soyons clair.


Au cours de cette tranche d’âge, les enfants ont pris conscience de leur sexe, ainsi le
petit garçon a conscience d’avoir un pénis (comme papa…), et la petite fille, elle aussi, a
conscience d’avoir une « zézette » (comme maman...à vous de choisir le terme qui vous
conviendra d’ailleurs…). C’est à cet âge que se développent les premières formes de
pudeur, qui sont intimement liées à la prise de conscience de sa spécificité sexuelle,
c'est-à-dire de son appareil génital propre et intrinsèque. C’est à cet âge aussi que vous
devez signifier à votre enfant que son intimité est LA SIENNE, et à personne d’autre, il
est le maître à bord et ne doit en aucun cas effacer son ressenti face aux actes ou aux
paroles de qui que ce soit...

Ne cherchez pas à rentrer dans des explications trop techniques, très majoritairement,
l’enfant se contentera d’en apprendre un peu plus et le message important qu’il doit
comprendre c’est la mécanique en elle-même, c’est à dire, l’interaction Homme-Femme,
sans laquelle aucun bébé ne saurait voir le jour.
Parlez de tendresse et d’amour, n’ayez pas d’angoisse à suggérer que lorsque papa et
maman ont décidé de faire cet enfant, il se sont fait un gros câlin, et que c’est de cet acte
fondateur que tout démarre par exemple...

Dans le cadre d’un couple homosexuel, il n’est pas conseillé de s’y prendre autrement,
c’est à dire que l’enfant ne doit pas vivre dans l’illusion que ses deux mamans, ou ses

deux papas, ont bel et bien été capable de concevoir un enfant sans l’apport du sexe
opposé ; la nature est ce qu’elle est, et ce n’est pas un jugement de valeur que de se tenir
à ce qu’elle a voulu, veut, et voudra toujours, à savoir la fusion des gamètes femelles ET
mâles pour obtenir un bébé.

III/ A l’âge où le monde se complexifie, simplifiez-le pour lui ou elle…

A partir de l’âge de 8 ans (c’est un ordre d’idée et cela peut varier en fonction de
l’enfant considéré, bien sûr…), il ne faut pas se mentir et continuer de croire que l’être
que vous avez en face de vous, va continuer à être en phase avec toutes les illusions
protectrices que vous avez sciemment et savamment élevées afin de ne pas le heurter…
Les rapports entre les enfants se complexifient, les premiers émois amoureux vont
souvent de pair, et cela conduit généralement à une nouvelle étape vers l’accession à
la...vérité.


En théorie, pour peu que vous ayez suivi les préceptes que nous avons présentés plus
haut, votre enfant aura déjà intégré que la conception d’un bébé ne peut être envisagée
que dans le cadre d’un rapprochement physique entre la femme et l’homme. Si tel n’est
pas le cas, il va vous falloir rattraper le retard accumulé, et sans tarder si possible, pour

ne pas continuer à creuser l’écart avec ceux qui en savent plus que lui...Ce ne ferait que
le desservir au final, gardez cela dans un coin de votre tête…

Par la force des choses, il est probable qu’à 8, 9 ou 10 ans, la vie et la curiosité de votre
enfant auront amené ce dernier à plus ou moins se faire une idée de la sexualité et de la
reproduction… En outre, le thème de la reproduction aura été abordé à l’école, et vous
n’aurez donc pas forcément rendu service à votre enfant par rapport à ses camarades, si
vous l’avez maintenu dans une omerta sur le sujet.

Il est inutile de devancer de trop les questions ou les doutes, chaque enfant doit aller à
son rythme, néanmoins, le fait de dédramatiser le thème va permettre de ne pas en faire
un sujet tabou, ce qui est primordial dans nos sociétés où la sexualité débridée et
décomplexée se retrouve un peu partout, dans les médias, sur Internet etc.
Ne vous cachez pas derrière votre petit doigt, vous aurez beau prendre toutes les
précautions possibles et imaginables, les enfants parlent entre eux, et à mesure qu’ils
mûrissent, les sujets évoluent. Il s’agit de ne pas laisser votre enfant livré à lui-même,
car la société seule se chargera alors de faire son éducation, or on peut dire que cette
dernière n’est pas là pour faire dans la dentelle…

Il faut donner les armes aux enfants afin qu’ils puissent aiguiser un tant soit peu leur
esprit critique face à telle ou telle image, tel ou tel propos, telle ou telle situation…
Apprendre à dissocier sexualité et reproduction, par exemple, est une clef pour bien se
positionner dans son rapport au sexe de l’autre. Permettre à l’enfant de bien cerner la
différence qu’il y a entre une image positive et une image négative de la sexualité est
crucial, car se construire sur des bases claires, saines et moralement solides lui permettra
plus tard de mieux se trouver et de mieux se comporter aussi sans doute, face au sexe
opposé. Faire un bébé doit être perçu comme un accomplissement d’homme et de
femme ensemble, ou de deux êtres qui s’aiment, c’est la raison pour laquelle nous
insistons là-dessus.

Notons d’ailleurs que, si nous avons utilisé le terme « enfant » dans le paragraphe
précédent, il convient de signaler qu’à partir de 9, 10 ou 11 ans, ne nous mentons pas, il
faut plutôt parler de préadolescents…

IV/ Préadolescence et adolescence...cap sur son nouveau monde.

C’est au cours de cette période, pour certains très pénible, pour d’autres très
épanouissante, que vous allez devoir donner quelques clefs plus explicites à votre
« enfant ». A présent, il ou elle a acquis la notion de différenciation sexuelle et l’a
complètement intégrée, et le sujet de la puberté va tout bientôt être au cœur de leur vie
(si ce n’est pas déjà le cas…). C’est ainsi que la reproduction, dans ses principes
élémentaires tout du moins, aura elle aussi été parfaitement assimilée, et votre propos
sera donc à présent plus axé autour de quelques subtilités.


Le garçon devra ainsi parfois être briefé sur l’éjaculation, sur les spermatozoïdes et les
organes qui y sont afférents, comme la fille devra quant à elle être informée de la nature
même des menstruations, des moyens de contraceptions etc.

Au-delà des différences entre les deux sexes, ce sera peut-être aussi le moment
d’aborder ce qui a trait aux choses moins « positives » de la sexualité, à savoir les
Infections Sexuellement Transmissibles et les  moyens qui existent pour s’en prévenir…
C’est à cet âge aussi que vous pouvez commencer à parler du fait de consentement,
d’empathie et de dialogue avec l’autre, qui n’est pas un objet, mais bel et bien une
personne, au même titre que vous l’êtes, ni plus, ni moins…

C’est à cette période aussi que vous allez peut-être commencer à devoir vous « retirer »
afin de laisser la place au nouvel être dont la métamorphose est en cours, ne serait-ce
que pour lui ménager cette intimité sans laquelle il ou elle ne pourra pas se construire
comme un futur adulte en pleine possession de son corps et de sa psyché… D’une
manière générale, un pré ado ou un ado avec qui vous avez su construire les choses
correctement, viendra de lui-même vous solliciter en cas de besoin, alors ne forcez pas
les choses, tout en continuant, bien entendu à vous intéresser et à être à l’écoute…
Préparez-vous cependant à voir les pas de votre descendance quitter les empreintes des

vôtres, vous qui le précédez sur le chemin de la vie, comprenez que désormais, votre
enfant va tracer sa voie.

Préparez-vous à le/la voir s’élancer à son tour vers son itinéraire propre, celui qu’il/elle
choisira… Continuez d’être un garde fou (effacé mais bien présent...), sans ne plus
forcément matérialiser ce corridor rigide, ce couloir aux parois insécables et
inamovibles… Et ouvrez grand les yeux...fussent-ils embués de larmes.










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